emplois-jeunes :
l’heure du retour de boomrang

’heure du retour de boomerang a sonné en ce qui concerne les emplois- jeunes, et tous les dangers et lacunes dénoncés au départ deviennent évidents : ceux qui aujourd’hui arrivent en fin de contrat repartent bredouilles, après cinq ans de bons et loyaux services, les formations prévues dans ces contrats sont rarement menées en nombre suffisant, les emplois-jeunes restent des bouches trous comblants les sous effectifs de titulaires, sans reconnaissance, et sans accès aux concours internes de la fonction publique. S’ajoute à cela le passage aux 35h. dans la fonction publique, qui dans beaucoup d’endroits s’accompagne de pertes de congés, d’une annualisation du temps de travail, et de la remise en cause du quotas d’heure de formation obligatoire.
En faisant grève le 27 septembre dernier, les aides-éducateurs (emplois-jeunes dans le primaire et le secondaire) ont tiré la sonnette d’alarme et reposé tous les problèmes restés en suspend depuis 1997 : la titularisation, l’accès aux concours interne, et un passage aux 35h sans annualisation, avec le maintien des formations, et embauches compensatoires.

Souvenons-nous de l’argumentaire gouvernemental... En grandes pompes, après les luttes contre le CIP rétrograde lancé par Balladur en 1993, le gouvernement a annoncé le combat ouvert contre le chômage des jeunes : pour beaucoup, logiquement, la création de plus de 700 000 postes pour les 18/25 ans paraissait une mesure progressiste, d’autant plus qu’elle était accompagnée à l’époque d’un discours bien emballé : il s’agissait pour le gouvernement de faire émerger à travers ces emplois de nouveaux besoins, donc de nouvelles tâches ; c’est ainsi que de nouveaux emplois sont nés (les « agents d’ambiance » par exemple, les agents de sécurité et anti-tabac dans les lieux publics ; des métiers au combien nouveaux et enrichissants !).
Seulement les emplois jeunes sont les premiers à le dire aujourd’hui : combien sont-ils à avoir réellement servi à faire émerger de nouveaux besoins ?
Dans les associations culturelles, les emplois-jeunes servent essentiellement d’agent administratifs chargés de la promotion et du secrétariat, dans l’éducation nationale les emplois jeunes « aides documentalistes », les « aides handicapés » etc, passent une part souvent importante de leur temps de travail à faire de la surveillance ; dans les bibliothèques, les emplois-jeunes « guides pour les nouvelles technologies » comblent les manques de magasiniers ; et le jeu de comparaison entre les intitulés des contrats et les tâches réellement effectués peut durer longtemps et réserves toujours des surprises : à part quelques exceptions les emplois jeunes servent de bouches trous, et comblent des manques en personnel, sans aucun des avantages des titulaires.
Par ailleurs, ce qui représentait un des avantages de ces contrats, c’est-à-dire la garantie de bénéficier d’au minimum 200h de formation par an, soit 4h. en moyenne par semaine, est loin d’être respecté systématiquement.

Les conséquences étaient prévisibles : pour ne pas créer de véritable postes de fonctionnaires, le gouvernement a introduit des emplois précaires dans la fonction publique, et d’un : dans l’éducation nationale, par exemple, on s’appuie sur l’existence des emplois jeunes pour remettre en cause les acquis des surveillants (sur le mode : ils font la même chose pour moins cher) ; et de deux, il laisse jusqu’à présent des milliers de jeunes sans reconnaissance du travail accompli, et surtout sans perspectives d’embauche.

La grève des aides éducateurs doit donner le la. A l’heure où beaucoup d’entre nous arrivent en fin de contrat, où le passage aux 35h nous promet la suppression de nos heures de formation, la perte de congés dans certains cas, et l’annualisation du temps de travail ; à l’heure où les services publiques de l’Etat que ce soit les transports, l’éducation nationale, la santé sont dans la ligne de mire de l’Europe libérale (privatisations partielles, partenariats avec les entreprises dans l’éducation nationale, ventes de certains secteurs..), nous devons nous mobiliser pour contrecarrer cette logique et imposer la titularisation de tous les emplois jeunes, et se joindre aux mouvements de grèves qui ne manqueront pas de s’organiser dans les jours à venir. Les syndicats traînent les pattes, il faut les pousser à lancer un mouvement d’ampleur dans l’unité. C’est à l’heure actuelle le seul moyen de faire reculer le gouvernement et nos administrations respectives, pour que la réduction du temps de travail réclamée par les travailleurs depuis plus de dix ans, ne soit pas aujourd’hui l’arme du gouvernement et du patronat pour détruire nos acquis et imposer précarité et flexibilité.

Frédé, [Strasbourg]